L’outil est simple, de ceux qu’une personne munie d’un ordinateur peut utiliser au quotidien : paint. Les œuvres sont aisément accessibles. En apparence comme l’outil, quotidiennes.

Mais pas ordinaires pour autant, les oeuvres et même : difficiles à classer. Thomas Lévy est-il photographe ? Est-il peintre ? Et s’il est peintre, est-il d’abord un dessinateur ou un coloriste ? N’y aurait-il pas aussi de la caricature dans ses compositions ?

Peu lui chaut : il a trouvé un outil qu’il peut emmener partout avec lui et grâce auquel il peut instantanément réagir au propos écouté , à la scène vue. Un atelier portatif pour un être qui déambule urbi et orbi et pour un art capable de susciter en tous des impressions.

Alors bien sûr, on peut y reconnaître des « influences », des « ressemblances », mais Thomas Lévy ne s’est pas nécessairement laissé inspirer et il les ignore parfois carrément : Edward Hopper, le cartoon comme instrument de satire sociale, le mouvement surréaliste dont il reprend sans le savoir l’intention d’exprimer « soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière le fonctionnement réel de la pensée », peut-être aussi l’idée d’une « beauté sans destination » et avec lequel il partage une présence assumée à sa propre époque, à la modernité.

Une série de saynètes qui font monde : un monde coloré et peuplé, dont on devine parfois la dureté, un monde de sentiments, de sensations et d’interrogations mis en image.

La composition est en mouvement, comme le monde, sans cesse traversé par le grand voyageur qu’est Thomas Lévy. Elle se déploie en plusieurs strates, des plus intimes aux plus sociales, dans les divers chemins de l’existence que parcourt un être humain.

Le regard est celui du passant solitaire. Solitude = tristesse ? Non, la solitude qui transparaît dans ces instantanés est celle qui le rend disponible aux choses, aux gens, aux micro-événements qui forgent une identité, une atmosphère de vie, à ce qui est signifiant pour un être dans la banalité du vécu quotidien, au travail, parmi les siens, dans l’anonymat de la rue.

Le trait, jamais lourd, minimaliste. On sourit, on trouve ça finement observé, bien vu, souvent drôle et toujours délicat. Désir de ne pas peser, de ne pas se disperser, de ne pas être inutilement bruyant. Aller à l’essentiel.

Une légèreté jamais futile imprègne les compositions de Thomas Lévy ; une fois vues, elles se rappellent à nous comme la juste expression des choses.

Marie Gaille-Nikodimov